Investissements en Afrique : légère baisse en 2010

Selon le Rapport mondial sur l'investissement dans le monde 2011, les entrées d'investissement étranger direct (IED) en Afrique pour l'année ont totalisé 55 milliards de dollars, soit 10 % du total des flux d'IED vers les pays en développement, contre 12 % en 2009. Les IED dans le secteur primaire, notamment le secteur pétrolier, ont continué de dominer les flux d'investissement à destination du continent.

Pour la deuxième année consécutive, les IED en Afrique du Nord, qui représentent environ un tiers du total des flux d'IED vers le continent, ont reculé pour s'établir à 17 milliards de dollars, mais le taux de la baisse a fortement diminué et la sous-région présente une image contrastée. En 2010, les flux d'IED en Jamahiriya arabe libyenne, par exemple, ont grimpé de plus de 40 %, à 3,8 milliards de dollars; ce rebond semble toutefois devoir être de courte durée compte tenu de la situation politique qui règne dans le pays.

Les entrées d'IED dans les pays de l'Afrique de l'Ouest qui absorbent environ un cinquième (11 milliards de dollars) du total des flux vers le continent ont aussi diminué. Des préoccupations d'ordre réglementaire concernant le secteur pétrolier ont contribué à une baisse de 29 % des investissements au Nigéria, qui a tout de même absorbé plus de la moitié des entrées d'IED dans la sous-région. Au Ghana et au Niger, le secteur pétrolier naissant a attiré des entrées records, avec 2,5 milliards de dollars et 947 millions de dollars, respectivement.

En Afrique centrale et en Afrique de l'Est, les flux d'IED ont augmenté en 2010 pour atteindre 8 milliards de dollars et 3,7 milliards de dollars, respectivement. Les investissements dans les principaux pays d'accueil d'Afrique centrale (Congo, Gabon, Guinée équatoriale, République démocratique du Congo et Tchad) se sont dirigés surtout vers des projets liés au pétrole. Le seul IED d'envergure dans un secteur non primaire a été réalisé dans un projet de télécommunications en République démocratique du Congo. La part d'IED en Afrique de l'Est n'a que légèrement progressé (2,5 %), les investissements à Madagascar, premier pays d'accueil de la sous-région, ayant accusé une baisse sensible (-19 %).

Les entrées d'IED en Afrique australe ont chuté de 24 %, à 15 milliards de dollars, la sous-région attirant tout de même plus d'un quart des flux à destination de l'Afrique. Le deuxième pays d'accueil de la région, l'Afrique du Sud, a vu ses entrées d'IED plonger de plus de 70 %, à 1,6 milliard de dollars, soit un sixième seulement du niveau record atteint par le pays en 2008. L'Angola, premier pays d'accueil d'IED d'Afrique, a aussi enregistré un fort recul de l'IED. L'un des problèmes du secteur pétrolier angolais est que sa production a dépassé le quota qui lui a été alloué par l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP).

Si l'on en juge par les données sur les investissements de création de capacités dans les quatre premiers mois de 2011, les entrées d'IED en Afrique du Nord devraient baisser, dit le rapport. Aucune grande transaction de fusion-acquisition ne semble avoir eu lieu au cours des cinq premiers mois de l'année. Les activités liées à la recherche de ressources naturelles, notamment par les sociétés transnationales (STN) d'Asie, devraient certes alimenter les IED en Afrique sub-saharienne en 2011, mais le continent risque fort de connaître encore une année difficile.

À long terme, les flux d'investissement les plus profitables au développement viendront sans doute des pays voisins, dit le rapport. Même s'il semble que des IED provenant d'autres pays du continent commencent à s'orienter vers des secteurs non liés aux ressources naturelles, les flux intrarégionaux sont encore très faibles, à 46 milliards de dollars seulement entre 2003 et 2010, soit 5 % du total des IED africains. L'harmonisation des accords commerciaux régionaux et une planification plus rapide et mieux coordonnée de l'IED aideraient l'Afrique à tirer pleinement parti de son potentiel en matière d'investissement intrarégional, affirme le rapport.

(Quentin Dupriez, Economiste à la CNUCED; propos recueillis par Alpha Diallo)

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13/12/2017
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