Economie verte: investir massivement dans les technologies nouvelles

Le Département des affaires économiques et sociales de l'ONU a lancé mardi 5 juillet à Genève, son étude sur la situation économique et sociale dans le monde, 2011. Ce rapport appelle à d'importants investissements dans les technologies nouvelles afin de créer des économies vertes dans les pays en développement. Il indique qu'il est nécessaire de réaliser des progrès immédiats dans le rendement énergétique, la production agricole et la prévention des catastrophes.

Selon ce document, au cours des 30 à 40 prochaines années, l'humanité doit procéder au niveau mondial à un remaniement technologique fondamental des processus de production afin d'éliminer la pauvreté et de détourner les impacts catastrophiques des changements climatiques et de la dégradation de l'environnement. D'importants investissements seront nécessaires au niveau mondial afin de mettre au point et d'amplifier des techniques d'exploitation de l'énergie propre, des techniques agricoles et sylvicultrices durables, et une mise des infrastructures à l'épreuve du climat, ainsi que de créer des technologies réduisant la production de déchets non biodégradables.

Le remaniement technologique devra avoir non moins d'ampleur que la première révolution industrielle. Au cours des 40 prochaines années, 1,9 milliard de dollars par an seront nécessaire pour des investissements progressifs dans les technologies vertes, indique ce rapport. Une moitié au moins (1,1 milliard de dollars par an) des investissements requis devront être faits dans les pays en développement pour satisfaire à leurs besoins alimentaires et énergétiques en croissance rapide par l'application de technologies vertes.

Une transition énergétique complète, étendue au monde entier, s'impose d'urgence pour détourner une catastrophe planétaire de première grandeur, selon le rapport. Pour améliorer l'utilisation rationnelle de l'énergie, il est nécessaire d'élargir l'application des technologies vertes existantes et d'en créer de nouvelles. Elles ont aussi l'avantage de consommer moins de ressources et de limiter au minimum la pollution. Actuellement, 90 % de l'énergie sont produits par des technologies "brunes" qui reposent sur les combustibles fossiles, lesquels sont à l'origine d'environ 60 % des émissions de dioxyde de carbone. Réduire l'utilisation de l'énergie et les émissions de gaz à effet de serre, selon le rapport, exigera des changements radicaux dans les modes de consommation, les systèmes de transport, l'infrastructure des habitations et autres bâtiments ainsi que dans les réseaux d'approvisionnement en eau et d'assainissement. Afin d'accélérer la transformation technologique nécessaire pour atteindre les cibles en matière d'émissions et d'utilisation de l'énergie, le rapport recommande que les politiques soient guidées par quatre objectifs essentiels: améliorer le rendement énergétique sans augmenter la consommation lorsque les niveaux de consommation d'énergie sont déjà élevés; soutenir un large portefeuille de projets de développement technologique au niveau mondial, tout en élargissant dans des lieux déterminés l'utilisation de technologies vertes connues; soutenir des périodes d'expérimentation et de découverte plus longues; et faire appel, dans le développement technologique des énergies, à des stratégies de gouvernance et de responsabilité plus "intelligentes" qu'actuellement.

L'agriculture moderne est la cause d'environ 14 % des émissions de gaz à effet de serre, et la gestion de l'occupation des sols et des ressources en eau n'est pas viable à long terme, selon le rapport. Tels ont été les résultats de la prétendue révolution verte dans l'agriculture des années 1960 et 1970, qui ont beaucoup accru la production vivrière au niveau mondial, mais aussi accéléré la dégradation des sols et la pollution de l'eau. Pour nourrir une population toujours plus nombreuse, la production vivrière mondiale doit augmenter de 70 % à 100 % d'ici 2050. Afin de relever ce défi, le rapport appelle à une 'révolution agricole véritablement verte', qui emploie des méthodes de culture comportant un moindre gaspillage des ressources en eau et une moindre utilisation des produits chimiques et des pesticides à l'origine de la dégradation des sols. Selon le rapport, ces méthodes de culture existent, mais il faut en élargir l'emploi et les mettre à la portée des agriculteurs dans le monde entier, et surtout des petits exploitants dans les pays en développement. Il s'imposera de promouvoir des économies d'échelle dans une production vivrière durable grâce à des services d'appui adéquats, non seulement sous la forme de l'accès à des techniques agricoles viables à long terme, mais aussi en modernisant les réseaux de distribution et les transports, en créant des systèmes d'irrigation et de gestion de l'eau durables, et en donnant accès au crédit et à la terre. Cela aura

de vastes implications pour l'occupation des sols et l'agriculture.

Le nombre de catastrophes naturelles s'est multiplié par cinq depuis les années 70, selon le rapport. Les sécheresses et les inondations sont devenues plus fréquentes et plus intenses, et ce sont souvent les pays les plus pauvres qui ont été le plus touchés. Elles sont dues en partie aux changements climatiques induits par l'activité humaine. La déforestation, l'altération de la protection naturelle du littoral et la médiocrité des infrastructures ont accru la probabilité que les chocs climatiques se transforment en catastrophes humaines. La réduction des risques de catastrophe, selon le rapport, supposera un changement technologique et social de grande envergure. La réduction des risques de catastrophe impliquera des changements dans la conception des établissements humains et de l'infrastructure. Selon le rapport, des innovations technologiques accessibles à tous, fondées sur le savoir autochtone, sont nécessaires pour adapter aux conditions locales une infrastructure résistante aux catastrophes, les habitations et la protection du littoral. Parce que les phénomènes naturels ne respectent pas les frontières politiques, les efforts nationaux doivent s'appuyer sur une coopération régionale et mondiale.

(Mise en perspective : Jean-Pierre Amisi Ramazani)

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20/10/2017
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