Côte d'Ivoire : un climat de peur empêche le retour des déplacés

À Duékoué, où des centaines de personnes ont été tuées en mars, peu de personnes ont osé rentrer chez elles (Amnesty International)

Les forces de sécurité gouvernementales et une milice soutenue par l'État ont créé, en Côte d'Ivoire, un climat de peur qui empêche des centaines de milliers de personnes déplacées suite aux violences postélectorales de retourner chez elles, affirme Amnesty International dans un rapport publié jeudi 28 juillet.

Le rapport intitulé « Nous voulons rentrer chez nous, mais nous ne pouvons pas. Insécurité et personnes déplacées en Côte d'Ivoire : une crise persistante » décrit comment les homicides et les attaques commises par les forces de sécurité gouvernementales (FRCI) et une milice composées de Dozos (chasseurs traditionnels) à l'encontre de personnes ciblées en raison de leur appartenance ethnique, empêchent les personnes déplacées de quitter la sécurité toute relative offerte par les sites qui les accueillent de manière temporaire.

Le rapport d'Amnesty International montre comment les forces de sécurité gouvernementales (FRCI) et les Dozos continuent à perpétrer des homicides et à prendre pour cible des personnes uniquement en raison de leur appartenance ethnique, même après l'investiture du président Alassane Ouattara.

Les Dozos semblent prendre pour cible notamment le groupe ethnique des Guérés qui sont considérés comme étant des partisans de l'ancien président Laurent Gbagbo. Les hommes jeunes qui ont l'air d'être « costauds » courent un risque particulier d'être la cible d'attaques car ils sont présumés avoir été membres des milices pro-Gbagbo.

À Duékoué, dans le quartier Carrefour, où des centaines de civils ont été tués à la fin du mois de mars 2011, quelques Guérés ont osé retourner chez eux. Ceux qui ont regagné leur maison ont raconté à Amnesty International que des combattants dozos armés roulaient désormais fréquemment à moto sur la rue principale du quartier. Un habitant a dit à Amnesty International : « Ils n'ont pas besoin de faire autre chose. Ils n'ont même pas besoin de descendre de leur moto. Le simple fait de venir ici aussi souvent avec leurs armes suffit pour nous maintenir dans la crainte. C'est ce qu'ils veulent. »

Amnesty International est particulièrement préoccupée par le « rôle de maintien de la sécurité » que les forces officielles (FRCI) ont confié aux Dozos. Des Dozos armés assurent la surveillance de postes de contrôle sur les routes principales de l'ouest de la Côte d'Ivoire dissuadant ainsi les personnes déplacées de retourner chez elles.

Durant les mois de violences qui ont suivi l'élection présidentielle contestée en Côte d'Ivoire, des violations graves des droits humains, y compris des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre, ont été commises aussi bien par les forces loyales à Alassane Ouattara que par celles fidèles à Laurent Gbagbo.

Amnesty International a relevé qu'au cours de leur retraite d'Abidjan et durant leur fuite vers le Libéria début mai 2011, les mercenaires libériens et les milices pro-Gbagbo ont tué des dizaines de partisans avérés ou supposés d'Alassane Ouattara. La majorité de ces personnes appartenaient à la communauté dioula, qui est considérée comme étant favorable à Alassane Ouattara.

Amnesty International appelle le président Ouattara à mettre en place, de manière urgente, un plan d'action global pour rétablir la sécurité dans l'ensemble du territoire afin de créer les conditions d'un retour sûr et durable dans leurs foyers des personnes déplacées et des réfugiés. Cela doit inclure un programme efficace de désarmement, démobilisation et réinsertion des milices et autres forces irrégulières.

Étant donné que les forces de sécurité et les Dozos commettent actuellement des violations des droits humains, Amnesty International salue la décision de l'ONUCI d'établir huit camps militaires dans l'ouest du pays afin de remplir de manière plus efficace leur mandat de protection de la population civile.

(Extrait sonore : Salvator Sagess, chercheur d'Amnesty International; propos recueillis par Souleymane Katié Ouattara d'ONUCI-FM)

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15/12/2017
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