Asie centrale : le PNUE au chevet de la rivière Amu Dar'ya

Épaves échouées dans la baie de Birlestik–© Yann Arthus-Bertrand / Earth from Above / UNESCO

Le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) a publié lundi 11 juillet son tout premier rapport d'évaluation de la rivière Amu Dar'ya en collaboration avec les États riverains en Asie centrale. L'ambitieux projet d'irrigation de l'Asie centrale, mis en œuvre à l'époque de l'Union soviétique, est l'une des causes principales de l'assèchement de la mer d'Aral.

Ce cas est souvent cité comme le plus grand désastre écologique que l'homme ait causé en bouleversant l'équilibre des ressources en eau de toute une région. Selon le PNUE, l’histoire récente de la mer d’Aral illustre parfaitement ce qu’est le développement non durable. Les Atlas faisaient de cette mer le quatrième lac du monde, avec une superficie de 66 000 km2 et un volume de plus de 1 000 km3. On y pêchait chaque année 40 00 tonnes de poissons, et les deltas de ses tributaires abritaient des douzaines de lacs plus petits, ainsi que 550 000 hectares de marécages et de terres humides aux ressources biologiques importantes.

Dans les années 60, les auteurs du plan de l’ex- Union soviétique attribuèrent à l’Asie centrale le rôle de fournisseur de coton brut. L’irrigation s’imposait, et la mer d’Aral et ses tributaires apparaissaient comme une source d’eau inépuisable. La superficie des terres irriguées passa de près de 4,5 millions d’hectares en 1960 à près de 7 millions en 1980. La population locale devait croître rapidement, passant au cours de la même période de 14 à 27 millions d’habitants, tandis que les prélèvements d’eau doublaient pratiquement pour atteindre 120 km3 par an, dont plus de 90 % à des fins agricoles.

Le résultat était catastrophique pour le bilan hydrologique. La saturation en eau et la salinisation finirent par avoir raison d’environ 40 % des terres irriguées. L’utilisation excessive de pesticides et d’engrais pollua les eaux de surface et les eaux souterraines, et les écosystèmes du delta disparurent purement et simplement : en 1990, plus de 95 % des marais et des terres humides avaient fait place à des déserts de sable, et plus de 50 lacs du delta, d’une superficie de 60 000 hectares, étaient taris. La superficie de la mer d’Aral avait été ramenée de la moitié et son volume de trois quarts. Le contenu minéral de l’eau ayant quadruplé, la plupart des poissons et de la faune de mer ne peuvent survivre. La pêche commerciale a cessé en 1982. Des villages et des villes du bord de mer se trouvent à présent à 70 kilomètres du littoral.

Des problèmes de santé inquiétants sont apparus. À Karakalpakstan (Ouzbékistan), l’eau potable est salée et polluée, avec une teneur élevée en métaux qui cause de nombreuses maladies. Les 15 dernières années, les bronchites chroniques et les maladies des reins et du foie, en particulier le cancer, ont augmenté de 3 000 %, tandis que les maladies arthritiques augmentaient de 6 000 %. Le taux de mortalité infantile est un des plus élevés du monde.

Cinq États d’Asie centrale nouvellement indépendants ont créé une commission commune chargée de coordonner la gestion de l’eau. Plusieurs organisations internationales et agences bilatérales fournissent une assistance ; pour coordonner les initiatives, on a créé un Fonds international pour la mer d’Aral et le Conseil interétatique pour le problème de la mer d’Aral. Les Républiques d’Asie centrale ont décidé de mettre l’accent sur la gestion de la demande et de réduire les prélèvements d’eau grâce à une irrigation plus efficace. Il s’agit avant tout de satisfaire la demande d’eau pour l’agriculture. Les prélèvements d’eau dans le bassin se sont stabilisés aujourd’hui à 110 à 120 km3 par an, mais la dégradation de l’environnement se poursuit.

(Extrait sonore : Isabelle Valentiny, porte-parole du PNUE)

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20/10/2017
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