RDC : Margot Wallström réservée sur l'enquête de l'AIPH sur les viols

Margot Wallström, la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies sur la violence sexuelle dans les conflits réagit avec prudence et certaines réserves à la publication d'un rapport par le Journal américain de la santé publique (AJPH) sur la RDC. D'après les projections réalisées dans le cadre de cette étude, dont certaines données datent des années 2006 et 2007, presque deux millions femmes auraient été violées en République démocratique du Congo, soit près d'une par minute. L'étude repose sur les témoignages de 3 436 femmes.

Des victimes des violences sexuelles en RDC

Des victimes des violences sexuelles en RDC

La Représentante spéciale se réjouit toutefois de la parution de cette nouvelle étude qui contribue à combler les lacunes de la recherche empirique dans ce domaine, en soulignant le fait qu’il est impossible d’empêcher un fléau qui n’est pas appréhendé dans toutes ses dimensions. Pour autant, elle souligne que le travail de son bureau consiste à résoudre le problème de la violence sexuelle dans des contextes de conflit et de post-conflit, dans lesquels le viol constitue souvent un instrument de guerre et est perpétré par des acteurs militaires. Or, l’étude de l’AJPH traite des violences sexuelles, y compris celles commises par un mari ou un partenaire intime. C’est pour cela que les chiffres relevés par l’AJPH sont sensiblement plus élevés.

Margot Wallström rappelle que les statistiques établies par les Nations Unies tendent à être prudentes, parce que les Nations Unies ne peuvent faire état d’informations du Conseil de sécurité sur les violences sexuelles qui n’ont été vérifiées par l’organisation elle-même. Selon elle, l’ONU ne peut extrapoler à partir d’un petit échantillon de l’incidence de la violence sexuelle en RDC. En outre, l’ONU a des obligations éthiques qui n’incombent généralement pas des chercheurs universitaires, à savoir, éviter d’interroger des survivants, de les exposer à un risque de représailles ou à un nouveau traumatisme, ce qui diffère fortement d’une orientation purement académique.

La Représentante spéciale constate, par ailleurs, que l’ambiguïté relative à certaines définitions est l’un des facteurs qui explique la différence de résultats. Pour autant, les études de ce genre sont importantes et précieuses, en ce qu’elles apportent des éclaircissements sur les facteurs de risque, tels que l’âge ou la région de résidence. Margot Wallström souligne également que le nombre exact de violences rapportées par ses services est sous-estimé en raison de la honte, de la stigmatisation, de la peur de représailles et du manque de soutien et de suivi juridique. Aussi, il y a lieu de réaffirmer que le nombre d’infractions constatées ne représente que le sommet de l’iceberg.

Il importe aussi de mettre en exergue le fait que les conflits liés à la violence sexuelle sont l’un des principaux obstacles à la paix en RDC. S’ils restent incontrôlés, ils risquent de perturber l’ensemble du tissu social du pays. Enfin, bien que beaucoup de travail reste à faire, il y a lieu de mentionner que le Conseil de sécurité a adopté en décembre dernier la résolution 1960, afin que les viols de masse ne restent plus impunis.

(Interview : Margot Wallström, la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies sur la violence sexuelle dans les conflits; propos recueillis par Cristina Silveiro)


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12/12/2017
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