Viols en RDC: l’ONU appelle à la création d’un fonds

La politique de tolérance zéro du Gouvernement de la RDC devrait être élargie de manière à englober une tolérance zéro envers la stigmatisation. Telle est l'une des recommandations du Rapport du Panel de la Haut Commissaire aux Droits de l'Homme sur les moyens de recours et de réparation pour les victimes de violences sexuelles en République Démocratique du Congo. L'ONU a appelé la communauté internationale à mettre en place un fonds destiné à financer les réparations allouées aux victimes des violences sexuelles en RDC.

Ce projet de fonds a également été soutenu par le ministre de la Justice et des Droits de l’homme de la RDC qui en appelle à la solidarité internationale. Selon Bambi Lessa Luzolo, « Il n’y a pas de paix sans justice et il n’y a pas de justice sans réparations ». Le Directeur général du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (Unicef), Anthony Lake, a également apporté son soutien au fonds.

L’ONU suggère que la gouvernance de ce fonds de réparation dépende du gouvernement de la RDC, des Nations Unies, des donateurs, de la société civile et des survivants eux-mêmes. Cet appel fait suite à la publication par le Haut commissariat d’un rapport sur les viols en RDC, établi par un panel d’experts qui a interrogé plus d’une soixantaine de victimes pour connaître leurs besoins.

Le rapport souligne que « des femmes ont, sur une échelle massive, été victimes de violences sexuelles dans le contexte du conflit armé qui a ravagé, et dans certaines parties du pays, continue à ravager, la RDC ». Pour les experts, même s’il existe des programmes nationaux destinés à apporter un soutien aux victimes, leurs besoins extrêmement importants ne sont, dans une large mesure, pas satisfaits.

En août 2010, la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a constitué un panel de haut niveau chargé d’entendre directement les victimes de violences sexuelles en République démocratique du Congo au sujet de leurs besoins et leur avis sur les moyens de recours et de réparations mis à leur disposition. Du 27 septembre au 13 octobre 2010, le panel a travaillé en RDC. Il s’est rendu à Kinshasa, Bukavu, Shabunda, Bunia, Komanda, Mbandaka et Songo Mboyo. Il a rencontré au total 61 victimes, âgées de 3 à 61 ans, certaines individuellement et d’autres en groupe. Dans ces groupes figuraient des victimes ayant contracté le VIH/SIDA du fait d’un viol, d’autres devenues enceintes et ayant eu des enfants après avoir été violées, des femmes rejetées par leur mari après le viol dont elles avaient été les victimes, des enfants violés, des victimes de viol ayant saisi la justice et d’autres qui avaient été violées par des civils.

Présidé par Kyung-wha Kang, Haut-Commissaire adjointe aux droits de l’homme, le panel était constitué de Mme Elisabeth Rehn, ex-Ministre de la défense de Finlande et co-auteur du rapport du Fonds de développement des Nations Unies pour la femme (UNIFEM) sur « Les femmes, la guerre et la paix », et le Dr Denis Mukwege, Directeur médical de l’Hôpital Panzi de Bukavu (Sud-Kivu). Le panel a travaillé en concertation avec le Gouvernement de la RDC.

(Interview : Dr Denis Mukwege, Directeur médical de l’Hôpital Panzi de Bukavu et membre du Panel de l’ONU ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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13/12/2017
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