Droit à l'alimentation : lutter contre la flambée des prix

A Genève, le Conseil des droits de l'homme a examiné le 8 mars, le rapport qui lui a été soumis par le Rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation, Olivier de Schutter. Ce rapport arrive au moment où les prix des denrées alimentaires sont à la hausse à travers le monde. Les pays en développement sont les plus affectés par cette flambée des prix.

Olivier de Schutter

Olivier de Schutter

Olivier de Schutter a souligné que nous sommes entrés dans une nouvelle ère, où les chocs météorologiques vont se multiplier. À l’échelle mondiale, il s’agit de relancer l’agriculture afin qu’elle réponde à des besoins qui ne cessent de croître et d’investir dans les pays en voie de développement où l’agriculture a été longtemps oubliée, afin de permettre à ces pays de se nourrir eux-mêmes.

Mais la crise n’est pas seulement une crise de l’offre: c’est aussi une crise de la pauvreté. Il faut augmenter les revenus dans les zones rurales, où résident 75 % des personnes les plus pauvres. C’est aussi une crise de la nutrition: les pauvres ont des régimes alimentaires trop peu diversifiés et souffrent de déficits de micronutriments essentiels. C’est enfin une crise écologique: des méthodes de production non durables accélèrent le changement climatique et la dégradation des sols, et épuisent les réserves d’eau douce, menaçant à terme notre capacité à nourrir la planète. Pour surmonter ces crises, il faudra opérer une réorientation massive des investissements dans l’agriculture, a préconisé le Rapporteur spécial.

Quant aux politiques de soutien à l’agriculture, elles doivent à présent s’orienter vers l’agro-écologie, partout où cela est possible. Elle consiste, pour l’agriculteur, à chercher à imiter la nature dans son champ, là où l’agriculture industrielle prétend décomposer la nature en ses éléments et simplifier la tâche de l’agriculteur.

L’agro-écologie rend possible une production à moindre coût, sans risque de tomber dans une spirale d’endettement. Les gouvernements ont donc la responsabilité de prendre les mesures pour préparer la transition vers une agriculture qui soit abordable pour les agriculteurs pauvres. Ceci signifie d’abord réorienter le soutien aux agriculteurs en passant de l’accent mis sur les intrants – engrais et pesticides – à la fourniture des biens publics permettant aux agriculteurs de produire dans de meilleures conditions.

(Extraits sonores : Olivier de Schutter, Rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation ; propos recueillis par Alpha Diallo ; mise en perspective : Jean-Pierre Amisi Ramazani)


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20/10/2017
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