Kenya/violences postélectorales : six personnalités ciblées par la CPI

Le Procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo, a lancé mercredi une série d'assignations à comparaitre contre six Kenyans soupçonnés d'être impliqués dans des crimes de masse commis lors de la période postélectorale de 2007-2008.

Violences post-électorales au Kenya

Violences post-électorales au Kenya

« La période postélectorale de 2007-2008 a été l’une des plus violentes dans l’histoire du pays », a dit le Procureur. « Ce n’n'était pas seulement des crimes contre des Kenyans innocents. C’était des crimes contre l’humanité dans son ensemble. En brisant le cycle d’impunité pour les crimes de masse, les victimes et leurs familles peuvent obtenir justice. Et les Kenyans peuvent s’engager sur le chemin vers des élections pacifiques en 2012 », a-t-il ajouté.

Luis Moreno-Ocampo s’est rendu au Kenya au mois de mai dernier pour enquêter sur les affrontements postélectoraux de 2007 et 2008. Selon lui, les crimes auraient été commandités par les dirigeants du Parti de l’unité nationale (PNU), parti au pouvoir à cette époque, et par le Mouvement orange de la démocratie (ODM), principal parti d’opposition.

Les hommes politiques incriminés auraient mis en oeuvre cette stratégie avec la complicité de responsables de l’Etat et d’entreprises publiques et privées. Des parlementaires, des responsables gouvernementaux, des agents des forces de police et des gangs de jeunes, seraient impliqués dans les violences, avait estimé Luis Moreno-Ocampo.

Dans une première affaire, le Procureur estime qu’il existe un fondement raisonnable de penser que ces crimes contre l’humanité ont impliqué :
William Samoei Ruto, l’ex-Ministre de l’éducation, de la science et des technologies, qui était député du Nord Eldoret pendant les événements, est présumé être « l’un des principaux architectes et organisateurs des crimes contre les militants du PNU ».
Henry Kiprono Kosgey, actuel Ministre de l’industrie, député de la province de Tinderet et président de l’ODM au moment des violences, est aussi considéré comme l’un des principaux responsables des crimes perpétrés contre les militants du PNU.
Joshua Arap Sang, l’actuel chef des opérations de la radio KASS FM, qui était au moment des faits journaliste pour cette radio, est appelé également à comparaître en sa qualité d’organisateur présumé des violences contre les militants du PNU.

Dans la seconde affaire, Luis Moreno-Ocampo, lance trois autres assignations à comparaître :
Francis Kirimi Muthaura qui est et était pendant les violences le chef du service public et Secrétaire de cabinet et Président du Comité du conseil de la sécurité nationale. Il aurait autorisé la police à utiliser l’usage de la force de manière excessive contre les militants de l’ODM.
Uhurur Muigai Kenyatta, l’actuel Vice-premier ministre et Ministre des Finances. Il aurait aidé à mobiliser l’organisation criminelle Mungiki pour attaquer les militants de l’ODM.
Mohamed Hussein Ali, actuel chef exécutif de l’entreprise postale du Kenya, commissaire de police au moment des affrontements, aurait autorisé l’utilisation excessive de la force contre des militants de l’ODM.

Les Juges de la CPI devront examiner les preuves. S’ils déterminent qu’il existe un fondement raisonnable de croire que ces six personnes seraient impliquées dans ces crimes, ils prendront les mesures appropriées pour garantir leur comparution devant la Cour.

Les violences postélectorales au Kenya ont fait plus de 1.100 morts, 3.500 blessés et forcé 600.000 personnes à fuir. Pendant ces 30 jours de violences, des centaines de viols ont été commis et plus de 100.000 propriétés ont été détruites dans six des huit provinces que compte le Kenya.
(Mise en perspective : Martial Assème)

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15/12/2017
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