Excision : avancées vers l'abandon de cette pratique en Afrique

Le Centre de recherche Innocenti de l'UNICEF a lancé ce 18 novembre un rapport sur la dynamique du changement social vers l'abandon de la mutilation génitale féminine dans 5 pays africains.

Ce rapport apporte des éclaircissements sur la façon dont les communautés africaines arrivent à mettre fin à l’excision/mutilation génitale féminine en dépit des fortes pressions sociales adverses.

Ce document décrit des exemples et les solutions adoptées par les communautés qui délaissent la pratique. Il examine aussi les conditions à rassembler pour construire le consensus nécessaire à l’éradication de l’excision et identifie les stratégies pour que l’abandon de cette coutume soit durable. Selon ce rapport, il faudrait pour y parvenir, impliquer de membres éminents de la communauté, comme les chefs religieux et locaux, ainsi que faire participer de réseaux sociaux et des institutions. La réforme législative, les politiques nationales et les médias sont d’autres outils qui permettent et encouragent le processus.

Le choix d’une famille de pratiquer ou d’abandonner l’excision est influencé par d’importantes sanctions sociales positives ou négatives. Il n’y a ni réponse unique, ni attitude idéale, ni solution toute faite. Mais on progresse. Les efforts consentis doivent faire tache d’huile pour apporter des changements dans la vie des filles actuellement.

Le rapport du Centre de recherche Innocenti de l’UNICEF examine un certain nombre de stratégies prometteuses qui soutiennent des communautés égyptiennes, éthiopiennes, kényanes, sénégalaises et soudanaises dans leur démarche d’abandon de l’excision. Chaque année, des millions de filles sont excisées et mutilées dans le monde entier. Cette pratique, qui viole sans conteste leurs droits humains, peut également entraîner des problèmes de santé permanents. Il s’agit par exemple des hémorragies, des problèmes urinaires, des complications lors des accouchements ainsi que la mortalité des nouveau-nés.

Selon ce document, dans plusieurs communautés, l’excision n’est pas considérée comme un acte préjudiciable mais comme une pratique nécessaire pour éduquer et protéger les filles et, dans bien des cas, les rendre éligibles pour le mariage. La religion, la tradition et la culture sont souvent évoquées par les familles comme autant de raisons de faire exciser leur fille. Par exemple, de nombreuses communautés soutiennent que l’excision est un précepte imposé par la doctrine religieuse, même si aucune des grandes religions ne l’impose. Le rapport révèle que l’un des facteurs clés qui motivent les parents à faire exciser leurs enfants peut également induire la décision de mettre fin à cette pratique si les normes sociales évoluent et si les attentes sociales se modifient.

Malgré les efforts fournis actuellement, surtout au Sénégal, les taux de prévalence nationaux de l’excision restent élevés en Égypte, en Éthiopie et au Soudan, constate le rapport. La modification notable des attitudes à l’égard de l’excision constatée dans ces trois pays montre néanmoins que les mérites de la pratique sont remis en question et que de nombreux individus préféreraient, si les circonstances le permettaient, ne pas avoir à soumettre leurs filles, épouses, sœurs et cousines aux mutilations génitales féminines.

Le rapport apporte aussi des chiffres sur le nombre de filles et de femmes excisées dans le monde qui varient de 70 à 140 millions. En Afrique, trois millions de filles et de femmes risqueraient d’être excisées chaque année. Cette pratique est également courante dans certains pays d’Asie et du Moyen Orient et, dans une moindre mesure, dans certaines communautés d’immigrés en Europe, en Australie, au Canada, en Nouvelle-Zélande et aux États-Unis.

(Extrait sonore : Jean-Pierre Amisi Ramazani ; propos recueillis par Maha Fayek)


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20/10/2017
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