Sida, paludisme et tuberculose : plus de 11 milliards de dollars promis

Réunis à New York, les donateurs ont promis mardi 11,7 milliards de dollars en faveur du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme pour la période allant de 2011 à 2013. Ces moyens lui permettront d'appuyer davantage les efforts consentis par les pays pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement liés à la santé.

Une femme et son enfants sous une moustiquaire.

Une femme et son enfants sous une moustiquaire.

Il s’agit de la promesse financière la plus importante jamais faite pour la lutte menée collectivement contre ces trois pandémies à l’échelle internationale. Les chiffres avancés sont à mettre au regard des 9,7 milliards de dollars que le Fonds mondial avait obtenus en septembre 2007 à Berlin pour la période allant de 2008 à 2010.

« À l’heure où les gouvernements sont si nombreux à revoir leurs dépenses à la baisse, ces engagements envoient un message fort en montrant à quel point les dirigeants de la planète veulent véritablement agir dans le bon sens, même au-delà de leurs frontières. Les résultats obtenus prouvent qu’ils comprennent l’importance de la santé pour tous », a déclaré Ban Ki-moon, le Secrétaire général des Nations Unies, qui présidait la reconstitution des ressources du Fonds mondial.

« Il est probable, cependant, que les demandes de financement dépassent jusqu’aux engagements impressionnants pris aujourd’hui. Cela voudrait dire que nous devons continuer à mobiliser des ressources supplémentaires et à chercher des sources novatrices de financement. Nous avons besoin d’accroître les contributions du secteur privé et nous devons faire venir de nouveaux bailleurs de fonds autour de la table. Notre travail va bien au-delà de la reconstitution des ressources d’un fonds. Il consiste à rendre espoir et dignité à des vies humaines », a-t-il ajouté.

Ban Ki-moon a rappelé que les défis étaient loin d’être relevés. « A chaque fois que deux personnes commencent un traitement contre le VIH/Sida, cinq autres contractent le virus. Chaque jour, 4.500 personnes meurent de la tuberculose et toutes les 45 secondes, un enfant meurt du paludisme. Cela signifie que 62 vies seront terminées prématurément par des maladies qui peuvent être évitées ou traitées, pendant que je prononce ce discours », a-t-il souligné, pour mieux rappeler ensuite que « l’éradication complète » des trois maladies (VIH/Sida, tuberculose et paludisme) devait rester l’objectif ultime.

Le Secrétaire général a également cité son expérience personnelle, notamment sa visite récente d’une clinique de traitement de malades du VIH/Sida, à Kampala, en Ouganda.
« Les patients me suppliaient de les aider. Ils n’étaient pas inquiets pour eux, car leurs traitements sont pris en charge grâce à vous, mais pour les autres, leurs frères et sœurs, pères et mères ou voisins, ceux qui pourraient contracter la maladie si les efforts de prévention appropriés ne sont plus déployés, et si l’argent nécessaire pour leurs traitements n’est plus disponible », a-t-il indiqué.

Il a poursuivi en expliquant que dans cette clinique, infirmières et médecins étaient déjà confrontés à des prises de décisions dépendantes des fonds disponibles : « Est-ce que l’on traite l’enfant ou la mère ? Est-ce que l’on traite le frère ou la jeune sœur ? Pour moi, c’était franchement à fendre le cœur », a-t-il concédé.
« L’argent que vous promettez sauve des vies, c’est aussi simple que cela. Au-delà, il offre aussi de l’espoir. Investir dans le Fonds mondial -et je ne me trompe pas, c’est bien d’investissement dont il s’agit- C’est alimenter un moteur puissant de développement. Les communautés en bonne santé sont des communautés prospères », a poursuivi Ban Ki-moon devant les donateurs, avant de conclure en estimant que le Fonds mondial était « à la base d’un cycle vertueux, un cycle en faveur d’une meilleure éducation, d’une plus grande stabilité sociale et d’une croissance économique dynamique ».

Plus de 40 pays, la Commission européenne, des organisations confessionnelles, des fondations privées et des entreprises se sont engagés financièrement à New York. Les 11,7 milliards de dollars sont constitués de promesses fermes, mais également de prévisions pour les autorités publiques, les groupes du secteur privé et les sources de financement novateur qui n’étaient pas en mesure d’annoncer de telles promesses mardi.

Les Etats-Unis ont annoncé une contribution de 4 milliards de dollars pour cette période, la plus importante contribution d’un Etat depuis la création du Fonds en 2002. Lors du Sommet de l’ONU sur les OMD en septembre, la France, le Japon, le Canada et la Norvège avaient déjà annoncé des dons respectifs de 1,4 milliard de dollars, 800 millions de dollars, 520 millions de dollars et 225 millions de dollars.

Avec les ressources promises aujourd’hui, il sera possible d’élargir considérablement les initiatives en cours mais également de dégager un minimum de 2,9 milliards de dollars en faveur de nouveaux engagements pour les trois prochaines années. Toutefois, le montant total des promesses reste en deçà des besoins estimés pour couvrir la demande des pays en développement qui souhaitent une montée en puissance de leurs programmes de lutte contre les maladies. Le Fonds mondial a estimé qu’il faudrait entre 13 et 20 milliards de dollars pour financer la lutte contre le VIH/Sida, la tuberculose et le paludisme dans les trois prochaines années.

« J’apprécie au plus haut point les efforts déployés par tous les donateurs, privés et publics, qui affichent, par cette reconstitution des ressources, une confiance sans faille envers le Fonds mondial, a déclaré Michel Kazatchkine, le Directeur exécutif du Fonds. Force nous est néanmoins d’admettre que la somme promise ne suffit pas à répondre à la demande escomptée. Nous devrons prendre des décisions difficiles au cours des trois prochaines années, ce qui pourrait ralentir le combat mené contre ces trois maladies. Je n’aurai de cesse que je ne cherche les ressources supplémentaires dont le Fonds mondial a besoin pour apporter pleinement sa contribution à la concrétisation des objectifs du Millénaire pour le développement. »

Ces promesses ont été annoncées une semaine après le Sommet sur les objectifs du Millénaire pour le développement qui s’est tenu à New York et au cours duquel les États membres des Nations Unies ont réaffirmé leur engagement en faveur de l’objectif ambitieux que représente l’éradication de ces maladies et de la pauvreté d’ici 2015.

Le Fonds mondial est un partenariat mondial entre le public et le privé, dont la mission est d’attirer et de décaisser des fonds supplémentaires pour la prévention et le traitement du sida, de la tuberculose et du paludisme. Depuis sa création en 2002, il est devenu la principale source de financement des programmes de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme en approuvant le financement de subventions pour un montant total de 19,4 milliards de dollars alloué à 600 programmes dans 145 pays.

À ce jour, les programmes soutenus par le Fonds mondial ont sauvé 5,7 millions de vies en apportant un traitement antisida à 2,8 millions de personnes et antituberculeux à 7 millions de personnes et en distribuant 122 millions de moustiquaires imprégnées dans le cadre de la prévention du paludisme.

(Interview : Véronique Taveau, chargée de l’information auprès des médias francophones au Fonds mondial de lutte contre le Sida, la tuberculose et le paludisme; propos recueillis par Jérôme Longué)


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23/10/2017
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