RDC : publication du rapport préliminaire sur les viols massifs de Walikale

L'ONU a décidé de publier ce vendredi le rapport préliminaire de la mission d'enquête du Bureau conjoint des Nations Unies aux Droits de l'homme sur les viols massifs et autres violations des droits de l'homme commis par des groupes armés à Walikale, au Nord-Kivu, du 30 juillet au 2 août 2010.

Le document est accablant pour les trois groupes armés impliqués, mais n’épargne pas non plus les dysfonctionnements de l’armée congolaise et des Casques bleus de l’ONU.

Le rapport rappelle que du 30 juillet au 2 août 2010, une coalition d’éléments Maï Maï Cheka, des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), ainsi que d’éléments du Colonel Emmanuel Nsengiyumva1, rassemblant au moins 200 combattants, a systématiquement attaqué les populations civiles dans 13 villages situés sur l’axe Kibua-Mpofi3, sur le territoire de Walikale, province du Nord-Kivu. Les assaillants ont pillé la plupart de ces villages, ont violé en masse des femmes, ainsi que des hommes et des enfants, enlevé et soumis des civils à des travaux forcés.

Informée de cette situation, la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) a déployé sur les lieux une mission conjointe de protection, incluant du personnel du Bureau Conjoint des Nations Unies aux Droits de l’Homme (BCNUDH)4, du 13 au 17 août 2010, en vue de faire une évaluation de la situation sécuritaire, d’y analyser les besoins de la population civile en matière de protection et de vérifier les allégations de viol, d’enlèvement, de travaux forcés et de pillage à l’encontre de civils.

A la lumière des informations recueillies au cours de cette mission et du travail de synthèse des listes de victimes de viol dressées par les partenaires, l’équipe est en mesure de conclure qu’au moins 303 civils ont été victimes de viol, parmi lesquels 235 femmes, 13 hommes et 52 filles et 3 garçons. Ces chiffres pourraient être revus à la hausse dans la mesure où plusieurs victimes ne se sont pas fait connaître à ce jour par peur, notamment en raison du poids des coutumes locales et du risque de rejet et d’abandon par leurs communautés.

Le rapport constate que face à ces graves abus, les autorités congolaises ne sont pas en mesure de diminuer la capacité de nuisance de ces groupes armés, ni d’en poursuivre les auteurs en justice, ce qui favorise davantage l’impunité qui persiste à leur encontre. L’affairisme de certaines forces gouvernementales, composées en partie d’anciens combattants issus de groupes armés mal préparés et mal intégrés, autour des zones ayant des sites miniers et leur complicité avec les chefs des groupes armés exposent davantage la population civile déjà extrêmement vulnérable.

La MONUSCO a, quant à elle, fait face à certaines contraintes opérationnelles qui ont limité sa capacité d’intervention et la prompte collection d’informations lors des attaques menées par la coalition d’éléments armés sur l’axe Kibua-Mpofi.

Aussi le BCNUDH recommande entre autres aux autorités de la RDC de déployer immédiatement les forces gouvernementales de défense et de sécurité bien entraînées et disciplinées sur cet axe afin de protéger la population civile étant donné la persistance des menaces et les rumeurs d’une nouvelle attaque par des groupes armés dans la zone. Mais aussi d’enquêter sur les agissements des FARDC qui n’ont pas assuré la sécurisation de la région affectée probablement en raison de leur affairisme autour des sites miniers et de leur collaboration éventuelle avec les bandes armées qui y sont présentes, contrairement aux ordres donnés par la hiérarchie militaire FARDC. Le gouvernement doit aussi désenclaver la zone en y améliorant les moyens de communication, tels que le réseau téléphonique et les routes et en y favorisant l’installation de radios communautaires. Enfin, il doit faciliter l’accès des partenaires humanitaires dans les zones affectées par les rebelles afin de pouvoir accéder aux victimes et leur apporter des soins d’urgence.

Quant à la MONUSCO, il lui est demandé de prévoir une formation permanente aux militaires de la Mission sur leur mandat, ainsi que sur la protection des civils et les bonnes pratiques en la matière; de définir, de clarifier les tâches de chaque base opérationnelle temporaire en matière de protection de civils et leur donner les moyens, les outils et les équipements nécessaires pour mieux assurer leurs mandats ; et de mener des enquêtes complémentaires sur les points non élucidés du présent rapport et d’apporter le soutien nécessaire au gouvernement congolais dans ses efforts d’enquête et de poursuites judiciaires des présumés auteurs de ces attaques.

Par ailleurs, le rapport demande à la communauté internationale d’apporter l’appui nécessaire aux autorités congolaises afin qu’elles interpellent et poursuivent les responsables des groupes armés impliqués dans ces violations graves des droits de l’homme ; d’apporter aux autorités congolaises l’appui nécessaire pour réglementer l’exploitation illégale des ressources naturelles, ainsi que de lutter contre la militarisation des carrières minières et l’affairisme de certaines autorités qui ont un impact négatif sur les efforts conjoints de la MONUSCO et des FARDC pour la protection des civils.

(Interview : Louis Marie Bouaka, Directeur adjoint du Bureau conjoint des Nations Unies pour les droits de l’homme en RDC; propos recueillis par Jérôme Longué)

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15/12/2017
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