Crise au Kirghizistan : la population fuie les combats

Au Kirghizistan, la situation reste tendue et le sort des populations affectées par la crise continue d'être une grosse préoccupation pour les humanitaires. Plus de 250.000 personnes ont du fuir les combats dont plusieurs parmi elles, se sont refugiées en Ouzbékistan. Le Comité internationale de la Croix-Rouge indique que ces personnes ont été logés dans une quarantaine de camps de fortune ainsi que dans des fermes, des écoles et des aires de parking, ou ont été accueillis par des proches dans le pays.

Kighizistan

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« Nous avons été en contact avec une mosquée d’Och, où un médecin volontaire nous a indiqué que 6 000 Ouzbeks – dont la moitié d’enfants – provenant d’un seul quartier de la ville s’étaient réfugiés. Là, ces personnes tentent de survivre grâce à des vivres qu’un agriculteur local leur fournit », déclare Séverine Chappaz, chef adjoint de la mission du CICR au Kirghizistan. « Outre de la nourriture, ils auraient aussi besoin d’insuline, de liquides pour perfusion, de seringues, d’antibiotiques, de savon et de pansements, car beaucoup de victimes souffrent de brûlures. »

Le CICR a également été informé qu’à Och, un certain nombre de dispensaires et même une maison de retraite ont été submergés par l’afflux de centaines de personnes nécessitant une assistance médicale. Cette dernière semaine, le CICR et la Société du Croissant-Rouge du Kirghizistan ont aidé 16 établissements de soins à prendre en charge 1 130 blessés. Profitant d’une accalmie des combats mardi dans la région de Jalal-Abad, une petite équipe médicale du CICR a par ailleurs pu se rendre dans le principal hôpital de la ville, où une soixantaine de blessés avaient été admis, pour y distribuer du matériel médical et des médicaments.

Selon l’équipe à l’œuvre sur place, plusieurs centaines de personnes ont été tuées dans les affrontements. Il est cependant encore trop tôt pour articuler des chiffres précis, de nombreux corps ayant déjà été inhumés, sans forcément avoir été identifiés ni recensés, et d’autres n’ayant pas encore été enlevés.

À Och, le CICR dispose actuellement d’une équipe de 25 collaborateurs, dont 13 spécialistes internationaux des situations d’urgence ; 12 délégués expatriés sont en outre en poste dans la capitale Bichkek, dont certains seront déployés dans le sud du pays ces prochains jours.

« Bien que la situation se soit quelque peu calmée à Och ces dernières 24 heures, les tensions sont toujours vives et la peur ne s’est pas dissipée. La situation demeure donc très instable, en particulier à Jalal-Abad, explique Mme Chappaz. Nous avons pu nous faire une idée plus précise de ce qui se passe en-dehors d’Och, mais nous ignorons toujours l’ampleur des conséquences humanitaires des combats dans la région. Cela dit, nous accueillons avec satisfaction les informations selon lesquelles les autorités kirghizes seraient parvenues à sécuriser un secteur de la ville d’Och, où les habitants qui ne se sentaient pas en sécurité ont pu être évacués par hélicoptère. Nous avons également appris que 17 blessés graves ont été transférés de Jalal-Abad à Bichkek. »

Beaucoup d’organismes humanitaires n’ont pas pu acheminer de secours ni de personnel dans la zone ces six derniers jours en raison de la précarité des conditions de sécurité. Le CICR coopère avec le Croissant-Rouge du Kirghizistan et les autorités pour évaluer l’étendue des besoins, déterminer les ressources disponibles et celles encore manquantes, ainsi que pour faciliter et coordonner la distribution des secours déjà sur place.

Du côté ouzbek de la frontière, les autorités indiquent que 45 000 réfugiés adultes ont été enregistrés jusqu’ici. Ils ont été logés dans une quarantaine de camps de fortune ainsi que dans des fermes, des écoles et des aires de parking, ou ont été accueillis par des proches dans le pays. La plupart sont des femmes avec des enfants, ce qui porte le nombre total de réfugiés à plus de 100 000, selon les estimations de sources officielles ouzbèkes.

Le CICR est prêt à déployer des équipes et des secours en Ouzbékistan dans le cadre de l’action humanitaire conjointe qu’il mène avec d’autres composantes du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge afin d’aider les autorités à faire face à la crise.

(Extrait sonore: Pierre-Emmanuel Ducruet, porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge à Och ; propos recueillis par Alpha Diallo)


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15/12/2017
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